
Q: Qu’est-ce qu’un réseau social ?
R: Au départ, c’est un regroupement. Ce sont des personnes qui se retrouvent entre elles et qui échangent. Chaque individu tisse son réseau à partir de ses centres d’intérêts, de ses valeurs, etc.
Il existe plusieurs types de réseaux sociaux, par ordre d’implication, nous avons :
Le réseau qui relie plusieurs individus (professionnel, amical, familial) qui adhèrent à une même charte de valeurs ;
La communauté où les membres partagent un projet commun : échanger des informations autour d’un thème, s’entraider face à un problème… ;
La tribu où se créent des liens affectifs, claniques entre les personnes. Au début, on est observateur. Ensuite, on noue des relations professionnelles, on partage ses passions, on échange des informations très ciblées… Ainsi, de plus en plus impliqué et engagé, vous entrez alors dans la tribu.
Lorsque l’on veut travailler et partager ensemble, il faut ensuite trouver le bon chiffre. En effet, dans un réseau social il faut être à la fois assez nombreux mais pas trop. Pourquoi ?
Parce que plus mon réseau est large, et plus je peux avoir, par exemple, des opportunités de travail. De fait, il est très important d’avoir des amis d’amis. Dans le cadre d’un recrutement, il est plus facile d’aider quelqu’un que je ne connais pas plutôt que d’aider quelqu’un qui m’est très proche. Plusieurs enquêtes montrent que nous sommes prêts à nous engager à rendre service, si cet engagement n’est pas trop lourd à porter. Il est parfois plus facile d’aider un étranger, car on peut lui dire non, qu’une personne qui nous est trop proche. La responsabilité est moins lourde. Cela ouvre des opportunités importantes, c’est toute la théorie des petits mondes. C’est-à-dire qu’avec toutes les personnes qui vous entourent, vous pouvez toucher le monde entier via seulement six intermédiaires. Si vous voulez approcher le président des Etats-Unis, il vous faudra seulement six intermédiaires, à la condition d’avoir un réseau de personnes éloignées.
En fait, il vous faut un grand nombre d’amis qui crée des opportunités mais aussi un petit nombre de personnes (une dizaine maxi) qui incarne le lien pour apprendre à travailler ensemble, à se connaître, se faire confiance et qui sont prêtes à se battre pour vous, des « vrais amis » comme on dit par opposition aux amis Facebook.
Au final, un lien fort s’instaure, une vraie fraternité. C’est de ces reliances que l’on tire notre motivation et notre énergie. La chance des réseaux sociaux c’est que l’on peut garder la proximité même à distance.
Mais, je le rappelle, il faut avoir un petit et un grand nombre de personnes, de qualités différentes, mais les deux font la force du réseau social.
Q: Quels sont les avantages et les inconvénients des réseaux sociaux ?
R: Avant toute chose, c’est un outil qui nécessite de savoir l’utiliser. Les gens doivent faire attention à ce qu’ils mettent en ligne… En général, il est conseillé de ne pas afficher d’informations trop personnelles sans avoir au préalable paramétré ses critères de confidentialité en fonction de sa définition de sa vie privée, car si on met n’importe quel contenu sur son profil sans réfléchir, cela peut poser quelques problèmes. Il n’y a qu’à se remémorer ce qui vient d’arriver à des cadres licenciés pour avoir parlé du « club des néfastes » sur leur Facebook. Les réseaux sociaux sont des espaces publics et il faut les traiter comme tel.
La bonne stratégie, c’est comme on l’a vu, d’articuler les opportunités du grand nombre et la qualité de la proximité. Il s’agit d’un changement majeur, nous ne sommes plus dépendant des réseaux sociaux qui nous ont vu naître mais nous sommes acteurs de réseau. Nous choisissons nos amis sociaux. Le réseau n’est donc plus seulement un aboutissement, comme mes amis de collèges, nostalgie de notre histoire mais un espace de conquête pour des territoires inconnus. Reste savoir ce que l’on veut… Mais ça, c’est une autre question.
En fait, on peut comparer le réseau social à la naissance du téléphone. A l’époque lorsque le téléphone a été créé, il y avait des inquiétudes similaires. Le téléphone dans les maisons, c’était une incursion dans la vie privée des gens.
Avec le téléphone et la distance les gens pouvaient dire n’importe quoi puisqu’il n’y avait plus le face à face… tout était sources d’inquiétude… et finalement. Il en est de même avec les réseaux sociaux, il y a un mythe de la technique nouvelle.
Les réseaux sociaux sont des outils qui ne sont pas neutres car il transforme ma vie, mais ne valent que ce que valent les outils, l’usage qu’on veut bien leur prêter. Par exemple, vous occupez un poste à responsabilité dans une entreprise et lors d’une soirée plutôt bien arrosée vous envoyez des photos à vos amis via Facebook, et ce, sans avoir mis vos indicateurs de confidentialité ne sachant pas vous servir de votre téléphone numérique. Il va y avoir donc des personnes qui vont vous voir en état d’ébriété avec le risque de mettre en cause votre réputation, votre crédibilité pire votre autorité. Le problème ne tient pas tant au réseau social qu’à son utilisateur, le réseau social est un média. Ai-je besoin de médiatiser mes expériences ? C’est toute la problématique du personal branding. Je deviens aussi une marque et je dois veiller à ce que cette marque soit de qualité surtout pour valoriser mon employabilité.
Les réseaux sociaux sont des opportunités exceptionnelles même pour l’entreprise. Prenons l’exemple du crowdsourcing. Il s’agit d’utiliser la créativité, l’intelligence et le savoir-faire d’un grand nombre de personnes qui sont de l’entreprise. Concrètement, vous allez sur des hots spots dédiés pour soumettre votre requête, des solvers vont vous proposer des réponses et si vous accepter vous monétisez l’échange.
Dans l’absolu, l’entreprise peut ainsi disposer d’un laboratoire de recherche qui correspond au monde entier. Cette démarche est particulièrement utilisée dans le domaine de la R&D aux Etats-Unis mais peu encore en France.
En marketing, publicité, ne pas avoir pensé le positionnement des réseaux sociaux est aujourd’hui une faute. Penser la fidélisation sans la communauté de client est étrange ou différentiant surtout en BtoC (business to consumer).
Les réseaux sociaux sont des points chauds. Il y a une cristallisation autour d’une activité, en marketing ce sont les clients qui apportent des conseils aux distributeurs pour répondre à des questions stratégiques, pour peu qu’on les interroge et tout cela en temps réel, les réseaux sociaux sont du monde de l’immédiateté. Ce qui n’est pas sans poser de problème à la réactivité de l’entreprise.
En fait, le réseau social existe sous deux conditions :
– Il faut qu’il se passe quelque chose affectivement, c’est un point chaud. Il faut donc une politique d’événementiels. Si l’on prend l’exemple de la formation, l’événementiel est souvent le présentiel, le réseau social peut être un accompagnant de la formation : avant, avec le teasing et le buzz pour susciter l’appétence formative, pendant pour avoir des réactions en direct et après pour une fois avoir construit le groupe poursuivre l’envie d’apprendre avec une vrai politique de formation et pas seulement d’information et de clavardage. Le blended learning est une solution intéressante.
– il faut des animateurs des community managers, c’est un peu comme créer une formation sans formateur, il manquera le liant, il prend soin des membres de la communauté, en formation. La personne naturellement désignée est le formateur mais qui accepte de prendre une position de formateur coach afin que le groupe puisse avoir sa place.
Les réseaux sociaux sont ce qu’on veut qu’ils soient. Le vrai inconvénient n’est pas tant le réseau social qui s’imposera sous cette forme ou sous une autre, le temps va faire son œuvre mais de savoir comment organiser le changement. Ceux qui se plaignent du manque d’intérêt de leurs collaborateurs pour les réseaux sociaux, c’est souvent qu’ils ne savent pas l’utiliser. Pourquoi d’un seul coup si l’entreprise privatise Facebook les collaborateurs, en général, méfiants, devraient l’adopter comme par magie ? Il y a un besoin d’accompagnement au changement. Les réseaux sociaux comme toutes les changements doivent s’inscrire dans le temps, rien de magique en somme.
Q: Qu’elles peuvent être les conséquences des réseaux sociaux dans la gestion des ressources humaines ?
R: La première conséquence est le changement de paradigme, ce qui d’ailleurs explique pour une bonne part les freins aux changements. C’est l’horizontalité des ressources humaines qui est en jeu. Après des décennies de verticalité, top down puis bottom up, les ressources humaines deviennent de pairs à pairs (peer to peer), les ressources parlent entre-elles. Cela change complètement le pilotage des ressources humaines. Et c’est cette interrogation qui fait frein à son développement. Des entreprise vont même jusqu’à bloquer l’accès à tous les réseaux sociaux, en terme de ressources humaines, c’est peu cohérent. Les personnes se connectent de chez eux, clavardent sur des sujets professionnels dans leur espace privé, et cela échappe complètement à l’entreprise qui ne capitalise ni les contenus, imaginez la perte en cas de licenciement, ni ne contrôle le contenu. C’est la raison pour laquelle une nouvelle fonction RH devrait voir le jour, le community manager, animateur de communauté d’entreprise qui assurera le pilotage des ressources humaines horizontales.
Ainsi, en formation l’absence de visibilité et le taux d’obsolescence des connaissances ne cesse de croître. Les réseaux sociaux sont des outils de pilotages à vue particulièrement efficaces. Le système classique est trop statique dans un monde qui bouge trop vite. En redonnant la main aux individus, en les rendant autonomes, la structure gagne en adaptabilité et en mobilité.
La vraie question est comment rendre l’homme acteur de son développement ? Mais comment un homme tout seul pourrait-il se débrouiller là où l’entreprise doute ? Pour ce faire, l’entreprise doit devenir une communauté apprenante c’est-à-dire apprendre tous ensemble. Comment ? En développant un marketing social. Si les individus sont autonomes, il n’y a aucune raison pour que spontanément tout le monde aille dans le même sens, or c’est tout de même un des objectifs de l’entreprise. Et le marketing social est la méthode pour donner l’envie, les ressources humaines deviennent séductrices afin de motiver.
Attention, cela ne veut pas dire que l’entreprise doit perdre la main dans cette aventure collective. Il faut réorganiser la cristallisation des savoirs. L’une des illustrations est l’émergence depuis quelques années des universités d’entreprises. Pourquoi ? Pour faire de l’open training, ouvrir la formation, aérer les contenus pour ensemble réfléchir à demain. On fait venir des professeurs « magiques » qui leur montrent la beauté de la matière. Ils se disent qu’il y a un trésor à l’intérieur et par mimétisme, les apprenant ont envie de connaître le même plaisir d’apprendre.
En fait, il faut que l’entreprise ait des points chauds où les salariés ont envie d’aller et phosphore pour eux et pour le collectif. C’est tout l’enjeu des foules intelligentes, utiliser l’intelligence du groupe pour avancer et le double effet de l’horizontalité des ressources humaines. De plus, comme cela vient d’eux, il n’y a plus de raison de les motiver pour les faire adhérer à une décision du sommet stratégique.
Les réseaux sociaux reprennent à leur compte le fait qu’ils soient une ressource de l’entreprise et composés d’humain, le mariage avec les RH ne peut se faire qu’à la condition de construire les modes opératoires. Il s’agit de coproduire l’histoire de l’entreprise en offrant aux salariés la possibilité de devenir producteur. On recrée de la vie, on remet en mouvement l’entreprise et les salariés. Cela nécessite une transformation majeure, les réseaux sociaux sont un objet de formation et un outil de transformation, et la formation c’est le cœur de la trans-formation.











